Ne pas se
tromper de négociation
Dans la vie des entreprises,
un temps considérable est passé en discussions ou négociations
portant sur des questions internes ou de fonctionnement. Lorsqu’on
en prend la mesure, l’on se demande si cela en valait la peine,
du moins pour certaines d’entre elles. Et l’on réalise
que, sans s’en douter, on s’est laissé prendre au
jeu des pseudo-négociations.
Dans telle entreprise
prestataire de services, Monsieur J-J Durand avait été recruté pour
le poste de DRH en raison de son professionnalisme et des états
de service remarqués dans diverses autres entreprises. Sa mission
consistait à mettre en œuvre un plan d’amélioration
de la productivité, discuté et entériné par
le Comité de Direction. Prenant connaissance du projet, il estime
que parmi les moyens nécessaires à la mise en œuvre
du plan, il lui faut recruter deux personnes qualifiées, dont
le coût représente environ 8 % de son budget. Sollicitant
le Directeur Financier, il se voit répondre que l’entreprise
a limité le pourcentage de hausse des budgets des directions fonctionnelles
et opérationnelles à 5 %, et que tout dépassement
accordé à l’une ou l’autre constituerait un
précédent susceptible de mettre en péril l’application
de la directive globale.
On peut aisément imaginer la discussion entre ces deux responsables,
chacun arguant de raisons légitimes pour défendre sa position.
Le temps et la lassitude aidant, on en vient à imaginer des compromis
(du genre, recrutement d’une personne cette année ; et l’autre
ensuite au vu des résultats…lesquels ne peuvent être
obtenus que si le plan est mis en application entièrement et rapidement…).
Ces compromis étant insatisfaisants, les protagonistes en viennent à reconsidérer
la situation, à la lumière des enjeux – pour l’entreprise
ainsi que pour chacun d’eux – et des risques à assumer
si la « négociation » n’aboutit qu’à une
impasse. Ce n’est qu’alors qu’ils constatent que la
question qu’ils discutaient ne méritait pas de débat
parce que du point de vue du financier, l’effort requis ne représentait
qu’une infime partie du budget global de l’entreprise (en
réalité : 3% en plus pour le budget DRH, lequel représente
5% du budget global, c'est-à-dire que le « marchandage » portait
sur 0.15% du budget global).Le vrai problème n’était
donc pas celui des moyens – le Directeur Financier pouvant faire
son affaire de dégager ces ressources pour permettre à son
collègue de mettre en œuvre le programme – mais bien « comment » les
attribuer sans mettre en péril le plan et sans provoquer une avalanche
de demandes exceptionnelles des autres collègues.
Ces pseudo-négociations représentent un coût non
négligeable, en temps et en énergie. Et il n’est
pas sûr qu’elles contribuent à améliorer les
relations entre les acteurs. Pour éviter d’y tomber, l’on
s’assurera que le problème qui nous réunit est bien
négociable, qu’il est clairement identifié par les
uns et les autres, même s’il présente de multiples
aspects (comme c’est le cas pour un projet, par exemple)
et de nombreuses divergences.