Le capital relationnel premier pilier de la négociation
Une difficulté des
négociations entres « gens de cultures diverses » réside
dans la différence culturelle qui oppose les cultures affectives
aux cultures émotionnellement neutres.
Les anglo-saxons trouvent que les Français et les Latins en général
mélangent beaucoup trop les émotions et l’action.
Or les émotions sont des registres essentiels de l’action
humaine, car elles permettent de faire passer une série de messages
qui sont importants dans une relation d’affaires (…il arrive
que l’on renonce à traiter avec des gens qui ne nous plaisent
pas…). Elles contribuent à gérer les aspects interpersonnels
de la relation d’affaires, laquelle à une double composante,
- hard, c'est-à-dire les éléments à définir
comme le prix, les spécifications, les modalités, etc… -
et soft, c'est-à-dire les éléments liés au
capital relationnel développé. S’il est relativement
facile de mener à bien la première, l’on ne peut
sous-estimer les efforts à investir dans la seconde. Certes, il
n’ est pas toujours évident que l’on parvienne à savoir
si ses interlocuteurs ont des dispositions ou motivations positives – désir
d’améliorer, de gagner, pari sur la capacité à atteindre
conjointement un objectif ambitieux – ou au contraire des motivations
négatives – désir de ne pas perdre ; d’éviter
les situations compétitives sources de complications, etc…-
car cela ne va apparaître que lorsque l’on sera attentif à leur
stratégie et à leurs comportements, c'est-à-dire
lors des suspensions, lorsque l’on prend le temps de réfléchir
et de faire le point.
Néanmoins ce capital relationnel, dont les dividendes sont infinis,
demeure le premier objectif du négociateur : s’il veut se
le constituer, il doit veiller à anticiper et désamorcer
les réticences ou hostilités souvent dissimulées.
L’enjeu – faut-il le répéter – est d’amener
son interlocuteur à entrer dans un « échange coopératif » pour
que le processus de la négociation puisse aboutir à un
résultat satisfaisant. Et pour ce faire, il va gérer les émotions – les
siennes et celles de son interlocuteur – induites par la relation
: seule une écoute active et bienveillante lui permettra d’y
parvenir.
L’objet de cette écoute, c’est d’en savoir plus
sur ce que l’autre cherche à obtenir, ses attentes, ses
besoins – tant sur le plan de la relation que sur celui du fond,
de la substance – ce qu’il ressent, ce qu’il occulte,
ce qui le stresse, comment il voudrait que le situation évolue,
etc…, bref, tenter de savoir ce qui le ferait rejeter les propositions
que l’on souhaite lui avancer, même si sa culture lui interdit
d’opposer un refus franc et massif (perdre la face). Ces moments
d’écoute sont l’occasion de dépasser le problème
(objet de la négociation) pour mieux le résoudre ultérieurement
en ayant éliminé les risques relationnels de blocage et
de refus.
Difficile, dans ces conditions, de faire la distinction entre identité personnelle
et identité professionnelle : si l’on veut que son interlocuteur
demeure dans son état normal de fonctionnement – c'est-à-dire
non stressé – il faudra recourir à toutes les techniques éprouvées
de la communication pour répondre à ses besoins psychologiques
de reconnaissance, de sécurité et de valorisation entre
autres.